vendredi 18 novembre 2016

176 - le déserteur

Nous publions sur ce blog des chansons de déserteurs avec constance et régularité. Et pourtant cette fois c'est à Jean Rivalant, chanteur du Bourg de Batz que nous devons cette version du déserteur qui tue son capitaine (1).
Une bonne raison d'insister à nouveau sur cette partie du répertoire c'est que nous organisons prochainement un atelier « chants du tiroir » consacré aux soldats, conscrits et déserteurs. Cette séance est organisée mardi 29 novembre à 17h15 aux archives départementales de Loire-Atlantique à Nantes (2). Habitants de Nantes et des contrées limitrophes ne manquez pas cette occasion. Mais revenons maintenant à la chanson.
Pour écouter la chanson et lire la suite :


La trame de cette histoire est fidèle à la chanson type du déserteur qui rencontre son capitaine, se bat avec lui et sera exécuté par un de ses camarades. Ce sont les détails qui comptent : une bague, un mouchoir bleu, une serviette blanche et un navire hollandais. Des éléments qui prouvent une contamination entre variantes de ce même thème.
Si vous êtes de fidèles de ces parutions hebdomadaires cela doit vous rappeler quelque chose. Ne cherchez pas trop et reportez vous à la chanson n° 101 d'avril 2015. Il s'agit d'une autre version, collectée près d'un siècle plus tôt par Abel Soreau à Crossac, en Brière, soit à 27 kilomètres de là à vol de canard. Si la mélodie est différente le texte est très proche. On pourrait presque jouer au jeu des sept différences.
Depuis cette précédente parution nous n'avons pas résolu l'énigme du mouchoir bleu. Ce signe particulier qui semble persister dans toutes les versions connues de la chanson est-il là juste pour la rime bleu - yeux ? En un siècle, les délais avant l'exécution sont passés de trois à quarante jours (ah les lenteurs de la justice !). Pour le reste nous retrouvons ces mêmes détails. On porte le cœur du défunt vers sa famille. Curieuse habitude ? Mais l'exemple vient de haut puisque la Duchesse Anne de Bretagne elle même est ainsi partagée entre Saint Denis pour sa sépulture et Nantes pour son cœur.
Quand au navire hollandais, il a souvent été considéré comme le symbole de la razzia sur nos côtes. C'en est ainsi dans la célèbre chanson du prisonnier des hollandais (auprès de ma blonde) sensée relater un incident arrivé dans la baie de Bourgneuf. Ce serait oublier que la Hollande exerçait aussi une véritable domination économique sur l'Europe. Le négoce, la finance, la marine ainsi que des compétences dans l'aménagement des zones marécageuses ont associé les hollandais à la vie de nos rivages. Il n'est donc pas étonnant de les rencontrer dans les chansons.
Si vous comparez encore une fois la version collectée par Soreau à celle ci vous constaterez une variation intéressante sur ce dernier couplet. La phrase :
Ah ! dites-lui plutôt, que je suis à Bordeaux
Pris par les Hollandais, qu'a n' me r'verra jamais.
Devient ici :
Dis-lui qu'je suis parti à bord d’un hollandais
A bord d’un hollandais, qu’elle m’y verra jamais
A Bordeaux - à bord d'un... la vie d'une chanson tient à peu de choses !

Notes
1 – que tous ceux qui ont compris cette fine allusion nous écrivent ; ils ont gagné.
2 – 6 rue de Bouillé, à Nantes, à deux pas du local de Dastum 44. Pour vous inscrire voici leur numéro de téléphone : 02 51 72 93 20

interprètes : Martine Lehuédé & Janig Juteau
source : Jean Rivalant, de Kervalet, Batz-sur-Mer (Loire-Atlantique) collecté le 13 mars 1994 par Roland Guillou et Robert Bouthillier
catalogue P. Coirault : Le déserteur qui tue son capitaine (Déserteurs - N° 06803)
catalogue C. Laforte : Le capitaine tué par le déserteur (II, A–45)


Le déserteur

Je me suis t’engagé pour l’amour d’une brune (bis)
C’est pas pour l’anneau d’or qu’la belle refuse encore
Mais c’est pour l’doux baiser qu’la belle m’a refusé (bis)

Là-bas, chemin faisant, j’rencontre mon capitaine (bis)
Mon capitaine m’a dit : où vas-tu sans souci
J’m’en vas dans ce vallon rejoindre mon bataillon (bis)

Soldat, t’as du chagrin pour l’amour de ta belle (bis)
Mais ce n’est pas pour toi, la preuve est à mon doigt
Et tu vois clairement que je suis son amant (bis)

Là-bas, dans ce pré vert où coule une claire fontaine (bis)
J’ai mis mon habit bas, mon sabre à bout de bras
Et là, je me battis comme un vaillant soldat (bis)

Au premier coup portant j’tua mon capitaine (bis)
Mon capitaine est mort et moi, je vis encore
Mais dans quarante jours ce sera z’à mon tour (bis)

Celui qui me tuera sera mon camarade (bis)
Il me band’ra les yeux avec un mouchoir bleu
Et me fera mourir sans me faire souffrir (bis)

On envelopp’ra mon cœur dans une serviette blanche (bis)
On l’port’ra à Paris, oui, chez ma bonne amie
En lui disant : v’là l’cœur de ton vrai serviteur (bis)

Soldat du même pays, ne dis pas à ma mère (bis)
Dis-lui je suis parti à bord d’un hollandais

A bord d’un hollandais, qu’elle m’y verra jamais (bis).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire