vendredi 28 novembre 2014

82 - J’ai fait une maîtresse

Le titre de cette chanson n'indique en rien son contenu.Plusieurs commencent par ces simples mots. Elles se terminent rarement bien ; et celle ci n'échappe pas à la règle. Sauf si on considère que noyer son chagrin dans l'alcool soit un remède efficace aux peines de cœur.
Nous avons à faire ici à une chanson de départ et de retour d'un amant engagé pour l'armée. Voilà qui tomberait bien pour illustrer la conférence que Dastum 44 présentera mardi prochain aux archives départementales de Loire-Atlantique. Mais malgré toute la cruauté de la guerre de 14-18 qui sépara définitivement de nombreux amants, il reste un décalage avec ce texte qui date de la période où l'engagement correspondait à une séparation pour sept ans.
La correspondance avec d'autres textes fait remonter cette histoire au 17ème siècle, c'est à dire...
écouter la chanson et lire la suite

... aux désastreuses campagnes de Louis XIV. La chanson présente en effet des similitudes avec bon nombre d'autres qui commencent sur le même incipit : « j'ai fait une maitresse »(1). Du moins jusqu'au troisième couplet. Les autres chansons correspondant à ce type s'arrêtent à ce moment, après d'autres développements. Celle ci, selon un procédé repris par le cinéma, fait l'impasse sur la campagne militaire et nous projette directement au retour du soldat.
Les chansons de retour de guerre envisagent toutes les possibilités. Tantôt la belle s'est mariée et élève déjà plusieurs enfants ; tantôt le soldat arrive juste avant le remariage, et le choix entre les deux amants est au cœur de la chanson. Dans certaines versions on voit même les deux prétendants se disputer leur femme au jeu. Parfois le revenant n'est reconnu ni par les parents ni par la belle, ce qui donne lieu à des fins dramatiques.
L'originalité de notre chanson de la semaine c'est que le soldat semble plus ou moins accepter la situation. Son amie s'est mariée. Au lieu de repartir au régiment comme le « brave marin »(2), il se mêle aux garçons sans soucis ; autrement dit à ceux qui choisissent la liberté du célibat. Le dernier vers peut faire penser qu'on le retrouvera dans la chanson de celui qui préfère caresser la bouteille !. Une façon comme une autre d'oublier.
Nous devons encore une fois cette chanson à Fernand Guériff (3) mais il ne l'a pas collectée lui même. Elle provient du manuscrit de Gustave Clétiez, qui nota plus de 200 chansons aux alentours de Guérande au 19ème siècle. Clétiez, né en 1830 et décédé en 1896, était un artiste local, musicien, collecteur mais aussi dessinateur. Il était titulaire des grandes orgues de la collégiale Saint Aubin. Ses collectes sont contemporaines de celles de Bujeaud en Poitou, c'est à dire la période où le ministère de l'éducation incitait à recueillir les « poésies populaires » pour les sauver de l'oubli.

notes
1 – la chanson la plus proche de celle ci, connue sous le titre « l'engagement pour Bourbon » daterait de 1670 (d'après Bujeaud)
2 - Brave marin revient de guerre tout doux...probablement la plus connue des chansons de retour de l'armée.
3 - Page 132 dans le tome 1 des chansons recueillies par Fernand Guériff. Série complétée par trois tomes édités par Dastum 44. Un beau cadeau pour Noël !!! (voir rubrique nos éditions)

Publiée par Fernand Guériff dans le Trésor des chansons populaires et folkloriques recueillies au pays de Guérande, volume 1, page 132
collecte – Gustave Clétiez
Interprétation : Daniel Lehuédé
références : catalogue Coirault : n° 3016 (pour une partie)


J’ai fait une maîtresse

J’ai fait une maîtresse, trois jours y’a pas longtemps (bis)
Si Dieu me la conserve, je serai son amant

J’ai reçu une lettre, en guerre me faut aller (bis)
Et ma jolie maîtresse qui ne fait que pleurer

Pleurez pas tant, la belle, je reviendrai un jour (bis)
Au retour d’la campagne finiront nos amours

La campagne fut longue : a bien duré sept ans (bis)
Au bout de sept années, revient le beau galant

Ouvrez, ouvrez la porte, la belle, à votre amant (bis)
Qui revient de l’armée et de son régiment

Monsieur, ce n’est pas l’heure, l’heure ni le moment (bis)
Ma fille est mariée, elle a changé d’amant

Apportez-moi ma flûte et mon tambour joli (bis)
Que je donne une aubade aux garçons sans soucis

Des garçons sans soucis, il n’y en a guère ici (bis)
Il n’y en a qu’à l’auberge, pour s’y bien divertir.


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