vendredi 6 juin 2014

58 - Le marinier et la belle

Où se trouve l'ile de Constantine ? Voilà une question à laquelle les plus calés en géographie auront peut être du mal à répondre. Plutôt que parcourir les atlas, c'est du coté de la carte du tendre qu'il faut chercher la réponse à ce qui ressemble à une métaphore (de France)(1) . Le départ pour les îles est probablement une manière imagée de présenter l'aventure amoureuse hors des normes et des conventions. Hors mariage, donc.
Après les mineurs de chemin de fer ce sont les mariniers qui illustrent cette vie « libertine ». Nombre de chansons mettent en situation une belle embarquée par force ou par ruse. Celle ci a bien pris son temps avant de chanter « arrête, arrête beau marinier ». Malgré l'évocation du mal du pays et des tempêtes elle a tenu sept ans.
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D'autres versions de cette chanson nous laissent supposer que la situation n'avait rien de dramatique. Les couplets notés dans le Berry par Barbillat et Touraine (2) sont on ne peut plus explicites : « Beau marinier m'a bien fait oublier, mon père, ma mère, tout ce qui m'est familier ». Notre version, encore une fois empruntée à Fernand Guériff, laisse pudiquement de coté cet épisode pour se concentrer sur la morale « pour un instant de plaisir dans la vie, depuis sept ans je m'en suis repentie ».
Voici donc encore une chanson qui vient étayer l'idée développée par Guériff d'une circulation des textes traditionnels tout au long de la Loire, sa vallée et ses affluents. Outre les versions recueillies près de la Châtre, il y en eut aussi dans le Nivernais, avec une mélodie très proche de la version nazairienne. En revanche, Hervé Dréan (3) en a recueilli une autre très différente à Herbignac, de l'autre coté de la Brière. Vous pouvez en avoir un aperçu en écoutant les archives de Dastum 

notes
1 – « métaphore de France » : le plus mauvais jeu de mot depuis l'inauguration de ce blog il y a un an (dans un an t'y es !).
2 – autour de la Châtre et dans la région de l'Anglin. Voir les couplets cités plus loin.
3 - Hervé Dréan, instants de mémoire vol 2, p 37 – chanté par M. Pédron à Herbignac

source : « chansons de Brière, de Saint Nazaire et de la presqu'ile guérandaise» recueillis par Fernand Gueriff et Gaston Le Floc'h – volume 3 page 360
interprète : Bruno Nourry
catalogue P. Coirault : Le charmant matelot qui revenait des îles (Rapts – N° 1314)
catalogue C. Laforte : L’embarquement de la belle et le marinier (2-K-01)

M’y promenant le long de ces verts prés (le marinier et la belle)

M’y promenant le long de ces verts prés
J’ai entendu un marinier chanter
Un marinier revenant de ces îles
Qui m’a prié d’entrer dans son navire
Je le regarde et l’ai trouvé si beau
Qu’tout aussitôt, j’entrai dans son vaisseau

La pluie, le vent, la tempête et l’orage
Nous a r’culés dans ces îles, hors de France
En m’y voyant si éloignée sur l’eau
J’ai mis mon âme tout au pied du tombeau
Je crie, je pleure et je me désespère
C’est de m’y voir si éloignée de terre

Le marinier qui m’entendait pleurer
Me dit : la belle, je vous prie de cesser
Vos cris, vos pleurs, tout cela m’est contraire
En peu de temps nous reviendrons à terre
Dieu, que vont dire les filles de mon pays
Depuis sept ans que j’en suis partie

Tu leur diras que t’étais libertine
Depuis sept ans dans l’île de Constantine
C’est entre vous, jeunes filles à marier
Ne prenez pas d’ces garçons mariniers
Pour un instant de plaisir dans la vie
Depuis sept ans je m’en suis repentie.

BONUS
Barbillat & Touraine – version recueillie dans la région d'entre Anglin et Benaize – volume 5, p. 154 - couplets 3 et 4
Marin, marin, arrête ton vaisseau
Il est trop tard pour voyager sur l'eau
Pour s'en aller sur cette triste mer
Adieu tous mes parents adieu ma tendre mère

Beau marinier m'a bien fait oublier
Mon père, ma mère, tout ce qui m'est familier
Après sept ans de course vagabonde
Je ne veux plus voyager sur cette mer profonde

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